Où Karen et ses filles croisent Sylvia au musée.

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Où Karen et ses filles croisent Sylvia au musée.

Message par Karen Walker le Lun 5 Mai - 9:43

En me réveillant, ce samedi matin-là, j'avais entendu le bruit de la pluie qui cognait contre les vitres avant même d'ouvrir les yeux.
Génial, soupirai-je mentalement.
-Ne commence pas à râler, me lança Julien qui était déjà levé et en train d'enfiler une chemise.
-Je n'ai rien dit! protestai-je, pour la forme.
Il éclata de rire tandis que je sortais péniblement de sous la couette.
-Toi, tu as cours aujourd'hui, tu te fiches de la météo, mais moi, je m'occupe des filles, et j'avais prévu de les emmener se balader dehors... maugréai-je.
-Papa, Mamaaaan, j'ai faim, j'veux ma tartine! s'exclama May en déboulant dans notre chambre, ses cheveux courts en pétard, mais très bien réveillée, elle.
-J'arrive, fit Julien en se laissant tirer par la main en direction du salon-cuisine.

Une bonne heure plus tard, alors que mon mari était parti à l'université et que le petit-déjeuner était à peu près terminé -Eva, non, les poupées, ça ne mange pas de confiture pour de vrai!-, il pleuvait toujours à torrents.
J'envisageai de rester à la maison pour la journée, d'autant que j'avais un dossier urgent à terminer pour mon travail, un devis à établir pour l'un de nos clients, en espérant qu'Eva et May acceptent de jouer calmement dans leur chambre. Mais mes filles, parfois, avaient du mal avec le concept "jouer calmement", et évidemment, c'était le cas à présent.
-Maman, y'a Eva qui m'embête!
-Mom, c'est May qui arrête pas de me donner des coups de pied!
-J'm'ennuie, d'abord!
-Maman, on peut regarder la télé?
-Non, pas de télé! intervins-je.
Je décidai que ma matinée ne serait pas consacrée à mon travail, et je tentai de garder mon calme.
-On va s'habiller et ensuite on ira se promener. On va aller au Louvre voir des tableaux. Si vous voulez, vous pourrez aussi dessiner. D'accord?

Encore une heure plus tard, nous étions toutes les trois en route pour le musée. Je payai nos billets et emmenai mes filles dans la salle des antiquités égyptiennes. May ayant décrété qu'elle ne voulait pas voir de tableaux parce qu'ils étaient tous pareils et Eva envisageant une brillante carrière d'archéologue, c'était un bon compromis, et au moins, parmi les statues de pharaons, les sphinx et les hiéroglyphes, elles se tenaient à peu près tranquilles.
J'avais emporté des feuilles blanches et des crayons de couleur (pas de feutres ou de stylos dans un musée, surtout à portée des mains de May), et mes filles s'assirent sur un banc pour dessiner la collection de maquettes de barques et de poissons qui était en face d'elles. Enfin, plus exactement, Eva s'assit pour dessiner pendant que May se lançait dans une exploration des nombreux escaliers des environs. Rectification : non, elle ne se tenait pas tranquille.
-May, don't! Stay here! lançai-je en essayant de la rattraper.
Un groupe de visiteurs d'un certain âge nous jeta des regards courroucés.
S'il y a un gardien dans le coin, je vais en entendre parler, songeai-je en slalomant entre eux pour capter May avant qu'elle n'atterrisse sur quelqu'un, ou au choix, en bas des marches.
Trop tard. La petite fille avait foncé dans les jambes d'une jeune femme brune, qui était, d'après son badge, une guide du musée.
-Je suis désolée, grimaçai-je en récupérant Miss Kamikaze un peu sonnée mais en un seul morceau dans mes bras.

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Re: Où Karen et ses filles croisent Sylvia au musée.

Message par Sylvia Leloup le Mer 7 Mai - 8:40

DRIIIIIIIIING!

J’écrase mon réveil avec un grognement.  Déjà 7h15, dans trois quarts d’heure je dois être au Louvre pour commencer ma journée de travail.  Je me lève péniblement en me promettant de ne plus commencer un livre le soir d’une veille de réveil aux aurores (promesse que je ne tiendrai jamais et je le sais.)  Enfin bon, réveil aux aurores…tout est relatif!  Car le soleil est levé depuis un bon moment si j’en crois le rai de lumière qui filtre entre les rideaux.  Je passe rapidement un gant de toilette imbibé d’eau froide sur ma figure histoire de me réveiller, m’habille et me coiffe avant d’avaler un petit-déjeuner qu’un diététicien jugerait insuffisant mais que mon estomac mal réveillé considère comme assez.  Fort heureusement j’ai la chance d’habiter relativement près du Louvre et j’y arrive à temps.

Une heure plus tard le musée ouvre ses portes et je commence la visite avec un premier groupe de touristes.  Apparemment il s’agit d’une classe, je les situe à peu près en seconde.  Parfois je me demande pourquoi les professeurs s’escriment à emmener leur classe au musée.  Ce n’est pas vraiment parlant à cet âge, pourtant parmi la quinzaine de bâilleurs je repère quelques regards intéressés.  Je passe d’abord par les fondations de l’ancien château du Louvre puis décide d’aller voir les statues antiques.  Etant donné que je ne les guide que pour une heure je n’aurai le temps de voir qu’une infime partie du musée.  J’agrémente ma visite de légendes liées aux statues et d’histoire.  Je passe aussi par les salles réservées aux Perses, faisant une croix sur la plupart des tableaux et ne les emmenant voir que le plus connus.  Une heure plus tard je prends congé du groupe.  J’ai une demi-heure avant le prochain et j’en profite pour déambuler dans le Louvre en me fixant un itinéraire pour ma prochaine visite.  Je descends l’escalier menant à la salle égyptienne quand un boulet de canon sur jambes me rentre dedans.  Miss boulet de canon est suivie de tout près par une femme d’une trentaine d’années que je suppose être sa mère.  Elles me disent quelque chose mais je n’ai jamais été très physionomiste donc impossible de déterminer si c’est juste une impression ou si je les ai déjà rencontrées.

Une seconde fillette un peu plus âgée arrive juste après et demande avec la spontanéité des enfants:

- Mamaaaan, c’est qui la dame?

Donc c’est bien leur mère.  Si elle me connait autant que moi (c’est à dire pas) elle risque d’avoir du mal à lui répondre et je prends donc l’initiative:

- Je m’appelle Sylvia, je suis guide du musée.

Je manque d’ajouter « et c’est marqué sur mon badge » mais si je ne me trompe pas aucune des deux n’est en âge de lire ou alors pas des masses en tout cas.  La plus jeune des deux me fixe étrangement tendant le bras, elle agrippe la chaine de ma médaille que j’ai glissée dans mon col (la concentration de séides au Louvre étant énorme il est préférable que les gens ne remarquent pas trop de médailles dans le coin).  Mais c’était sans compter sans les yeux perçants de la petite fille.

- C’est quoi ton collier?

Et voilà, non vraiment il faut que je fasse plus attention!  Si j’avais été apprentie je me serais fait taper sur les doigts.  La prochaine fois je mettrai ma médaille dans ma poche.  Mais je ne peux que répondre:

- C’est une sorte de porte-bonheur.

Satisfaite de la réponse elle se tortille pour descendre des bras de sa mère et entraine sa soeur ainée vers l’autre bout de la pièce en lançant un:

- Tu vas voir j’ai trouvé une drôle de cruche!

Je souris, ce n'est pas tous les jours que ces objets millénaires reçoivent de la visite aussi énergique et enthousiaste.
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Re: Où Karen et ses filles croisent Sylvia au musée.

Message par Karen Walker le Jeu 8 Mai - 3:33

Eva, qui avait entendu du bruit, nous rejoignit, un crayon rouge dans une main et un dessin à moitié terminé dans l'autre.
- Mamaaaan, c’est qui la dame? demanda-t-elle avec une subtilité remarquable.
-Eva! réprimandai-je ma fille en lui faisant les gros yeux.
J'étais un peu énervée contre elle : non mais franchement, comment se comportait-elle en public? D'habitude, elle était plus polie que sa sœur! Je commençais à regretter sérieusement de ne pas être restée à la maison ce matin-là.
- Je m’appelle Sylvia, je suis guide du musée, répondit "la dame", heureusement sans s'énerver.
Alors  que je m'apprêtais à m'excuser platement du comportement de ma petite dernière, et des questions indiscrètes de mon aînée par-dessus le marché, May agrippa le pendentif de la jeune guide.
- C’est quoi ton collier?
D'autorité, je pris la petite fille dans mes bras pour éviter qu'elle n'ajoute une énième bêtise à sa collection déjà bien lancée. Certains jours, elle était vraiment insupportable. Alors que je m'apprêtais à la gronder, May me chuchota à l'oreille:
-C'est le même que papa!
Je savais  qu'elle avait raison. Ses talents d'observation étaient étonnants, parfois, presque autant que sa capacité à faire des bêtises dès qu'elle entrevoyait une opportunité. Je n'avais même pas remarqué le bijou avant qu'elle n'attire mon attention sur lui. Et effectivement, c'était bien une médaille de saint Georges, la même que celle que portait mon mari : la guide du musée était Chevalier.
- C’est une sorte de porte-bonheur, expliqua la jeune femme.
Celle-ci semblait plus patiente que moi avec les enfants, et j'admirais son calme : à sa place, face à deux gamines hyperactives tendance agaçantes, je songeais que j'aurais déjà explosé depuis longtemps.
-May, demande pardon à la dame! grondai-je. On ne se jette pas sur les gens comme ça, quand on est bien élevée!
May marmonna un vague "pardon", puis elle se dégagea de mes bras et sauta à terre, déjà intéressée par autre chose:
-Eva, tu viens? Tu vas voir, j’ai trouvé une drôle de cruche!
Pour elles, l'incident étais clos. Je récupérai le crayon rouge des mains de mon aînée et lançai aux deux filles qui s'éloignaient en courant:
-Attendez, vous ramassez vos crayons et vos feuilles d'abord! Et ne vous éloignez pas trop!
Je me retournai vers la guide, tout en surveillant du coin de l'œil May et Eva qui rangeaient tout de même les crayons dans leur trousse:
-Je suis vraiment désolée, j'espère que mes filles ne vous ont pas trop embêtée... fis-je, gênée. Elles sont un peu trop remuantes, parfois.
J'espérais vraiment qu'elles n'allaient pas commettre d'autre bêtise avant la fin de la matinée. Dans l'hypothèse où ne nous faisions pas expulser du musée d'ici là, bien sûr.
En regardant la jeune guide, Sylvia, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à ce qu'elle avait dit de sa médaille. Une sorte de porte-bonheur... Peut-être mes filles porteraient-elles le même un jour.
-Vous travaillez ici depuis longtemps? demandai-je, en regardant May qui avait collé ses mains contre une vitrine de verre, ce qui ferait sans doute gagner au Louvre une magnifique collection de traces de doigts.
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Re: Où Karen et ses filles croisent Sylvia au musée.

Message par Sylvia Leloup le Sam 10 Mai - 2:28

Pendant que les deux fillettes (qui apparemment portent les prénoms d’Eva et May) rangent leur crayon, leur mère se tourne vers moi.

- Je suis vraiment désolée, j'espère que mes filles ne vous ont pas trop embêtée…  Elles sont un peu trop remuantes, parfois.

Embêtée?  À vrai dire non, après les bébés braillards, les ados bâilleurs et les adultes sérieux aux lèvres pincées que j’ai croisés depuis hier matin un peu de gaité ne fait pas de mal.  Je m’empresse donc de la rassurer sur ce point:

- Oh non, pas du tout.  Ce n’est pas tous les jours que les salles de ce musée reçoivent de la visite aussi enthousiaste et c’est un plaisir.  Et puis contrairement à ce qu’on dit la curiosité est une qualité et non un défaut.

Je ne peux m’empêcher de penser à l’Organisation en prononçant la dernière phrase.  Sans curiosité Pythagore ne se serait pas intéressé à l’invisible et n’aurait pas créé l’Organisation, et sans curiosité nous n’aurions pas progressé (et ceci d’ailleurs n’est pas seulement valable pour l’Organisation).  Evidemment je peux difficilement lui dire ça car je ne pense pas qu’elle fasse partie de l’Organisation.  Elle ne porte pas de médaille et bien que je ne voie pas l’invisible à l’oeil nu d’habitude je sais d’instinct quand je m’adresse à un(e) séide.

- Vous travaillez ici depuis longtemps?

Ce n’est pas de sa faute mais à nouveau je me dis que cette question a un double sens pour ceux qui savent ce qui se cache sous le Louvre.  Il y a huit ans j’ai pénétré pour la première fois dans ce labyrinthe caché en dessous du musée, mais c’est seulement depuis il y a près de trois ans que je fais partie de ceux qui travaillent « en surface ».  Me doutant qu’elle parle de la seconde partie je passe sous silence la première.

- Ca fait presque trois ans donc pas très longtemps comparé à d’autres.

Je remarque du coin de l’oeil la plus jeune à quelques mètres qui, apparemment fascinée par une maquette de la construction d’une pyramide, a collé ses petites mains sur la vitre.  Je ne suis pas maniaque mais si elle en prend l’habitude elle va vite s’attirer des ennuis et je me tourne vers elle pour la prévenir:

- Euh…May, c’est ça?  La petite se tourne vers moi, je déduis donc que je ne me suis pas trompée de nom.  Evite de toucher aux objets ou aux vitres ici, tu risquerais de déclencher une alarme.

La fillette me regarde, perplexe.

- Mais ça n’a pas fait de bruit quand je l’ai touché.

Je hausse les épaules, parfois le hasard fait bien les choses.

- Tu as eu de la chance de toucher une pièce qui n’est pas équipée de ce système mais une autre fois tu pourrais avoir moins de chance.

Elle me regarde un moment et ôte ses mains de la vitre, ça change que quelqu’un écoute ce qu’on dit.  Je ne compte plus le nombre de touristes qui hochent la tête en faisant « oui, oui », pour toucher à nouveau aux objets exposés dès que j’ai le dos tourné.
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Re: Où Karen et ses filles croisent Sylvia au musée.

Message par Karen Walker le Sam 10 Mai - 4:06

- Vous travaillez ici depuis longtemps?
-Ca fait presque trois ans, donc pas très longtemps comparé à d’autres, répondit la guide.
Je souris intérieurement. A ma connaissance, Julien travaillait au Louvre, officieusement, depuis plus de vingt ans. Et il y passait occasionnellement pour ses recherches d'historien depuis près de dix ans.
-Mon mari vient ici pour son travail, de temps en temps... commentai-je. Il s'appelle Julien Walker, il est enseignant-chercheur en histoire. J'imagine qu'énormément de gens travaillent ici, mais vous l'avez peut-être déjà croisé...
Je songeai que la conjonction de deux facteurs, l'appartenance à la Confrérie et la fréquentation officielle du Louvre, augmentait cette probabilité.
Sylvia s'approcha de ma petite dernière, toujours collée à une vitrine :
- Euh… May, c’est ça? Evite de toucher aux objets ou aux vitres ici, tu risquerais de déclencher une alarme.
- Mais ça n’a pas fait de bruit quand je l’ai touché! protesta la petite fille.
- Tu as eu de la chance de toucher une pièce qui n’est pas équipée de ce système, mais une autre fois tu pourrais avoir moins de chance.
A ma grande surprise, May obéit. J'étais soulagée que la guide considère mes filles comme enthousiastes -au bon sens du terme-, et pas, comme c'était parfois le cas, comme des ouragans sur pattes. Enfin, surtout May ; Eva était plus calme, peut-être parce qu'elle était plus âgée. Quant au fait que la curiosité était une qualité, je n'en doutais pas. Enfin, dans la mesure où elle était compatible avec le respect des consignes de sociabilité et de sécurité fondamentales, ce qui n'était pas toujours évident concernant Eva et May...
La patience de Sylvia avec les enfants risquait toutefois de s'épuiser assez vite avec les miens.
-May, tu ne veux pas t'asseoir calmement et faire un dessin? intervins-je.
La petite fille blonde hocha la tête, retourna sur son banc, prit la trousse de crayons et une feuille, et commença à dessiner une pyramide avec ce que je supposai être des bonhommes dessus. Eva, quant à elle, se promenait entre les vitrines, avec un sérieux qui m'impressionnait un peu. Elle était dans sa période "je veux faire comme les grands" et visitait la salle toute seule, sans toutefois oser trop s'éloigner de moi.
-Vous accueillez souvent des groupes de jeunes enfants pour des visites? demandai-je à la jeune guide. J'admire votre patience avec les enfants, c'est rare, surtout dans les musées...
Je pensai brièvement à notre dernière visite en famille à une exposition d'art contemporain. Cette fois, nous nous étions quasiment fait mettre dehors parce qu'Eva commentait les tableaux à voix haute un peu trop fort, et pas toujours de manière très charitable, il fallait le dire.
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Re: Où Karen et ses filles croisent Sylvia au musée.

Message par Sylvia Leloup le Mar 13 Mai - 7:55

Tandis que la plus jeune des deux fillettes commence à dessiner ce qui sera peut-être un jour le clou de la visite du Louvre (bien que j’en doute, si Mozart a commencé à l’âge de quatre ans je ne connais toutefois pas de peintre chez qui ce fut le cas), je garde un oeil sur son ainée au cas où elle ferait une bêtise. Je vois avec satisfaction qu’elle ne touche « qu’avec les yeux » et me tourne donc vers sa mère pour répondre à la question qu’elle m’a posée quelques instants plus tôt.

- Julien Walker? Oui, je l’ai déjà croisé l’une ou l’autre fois et avant je l’ai eu durant une année comme prof.

Bon, inutile de préciser que « l’une ou l’autre fois » concerne surtout des visites en dessous du Louvre, en effet il fréquente le musée depuis plus longtemps que moi et n’a aucun besoin qu’on le guide. Quand au second je n’invente rien. J’ai en effet suivi une année de cours d’histoire dans une université française afin d’avoir plus de chances d’obtenir le métier de guide au Louvre (en effet je n’étais pas sûre que « Master in de geschiedenis » soit parfaitement compris et je préférais ne pas gâcher mes chances).

- Vous accueillez souvent des groupes de jeunes enfants pour des visites? J'admire votre patience avec les enfants, c'est rare, surtout dans les musées…

Je souris au compliment. Il est vrai que certains de mes collègues n’aiment pas trop les jeunes enfants, partant du principe qu’ils ne comprennent de toute façon pas ce qu’on leur explique et levant les yeux au ciel quand l’un d’eux ose demander face à une énième statue grecque « Oui mais, pourquoi est-ce que les Grecs ils n’avaient pas de vêtements? » et qu’un second répond « Mais enfin, il fait chaud en Grèce, ils en avaient pas besoin! » Personnellement j’aime cette spontanéité, ça permet d’avoir une vision plus originale des pièces exposées. Voilà comment certaines pièces ont été renommées: j’ai un tableau d’une « femme déguisée en meringue parce que c’est Carnaval », une statue d’un « type qui a voulu s’appuyer sur un arbre mais l’arbre lui a mangé le bras » et « la maison de poupée de Marie-Antoinette quand elle était petite ». Bien sûr je termine toujours par donner l’explication correcte mais je me dis parfois qu’il faudrait réécrire l’histoire dans leurs mots, ça mettrait un peu de gaité dans les salles de classe (et les musées!).

- La plupart des visiteurs sont plutôt des adultes ou des collégiens ou lycéens. Il y a de temps en temps quelques groupes d’enfants et j’avoue que ce sont ceux que je préfère, les ados ont tendance à se moquer éperdument des explications et dans les groupes d’adultes il y en a toujours un qui croit savoir mieux que le guide. Evidemment je peux comprendre que la plupart des professeurs choisissent un autre musée pour les jeunes élèves, un squelette de dinosaure ou une reconstitution de camp romain c’est plus impressionnant que des statues ou des tableaux.

PS: Désolée pour le retard!
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Re: Où Karen et ses filles croisent Sylvia au musée.

Message par Karen Walker le Mar 13 Mai - 10:33

La jeune guide sourit avant de répondre:
- La plupart des visiteurs sont plutôt des adultes ou des collégiens ou lycéens. Il y a de temps en temps quelques groupes d’enfants et j’avoue que ce sont ceux que je préfère, les ados ont tendance à se moquer éperdument des explications et dans les groupes d’adultes il y en a toujours un qui croit savoir mieux que le guide. Evidemment, je peux comprendre que la plupart des professeurs choisissent un autre musée pour les jeunes élèves, un squelette de dinosaure ou une reconstitution de camp romain c’est plus impressionnant que des statues ou des tableaux.
-C'est vrai, avouai-je. Je suis sûre qu'Eva, mon aînée, préférerait voir un gros tas d'os de dinosaures... Quoique, elle adore tout ce qui est ancien et un peu bizarre, alors les histoires de pharaons lui conviennent aussi.
Quant à May, elle s'en fichait. Nous pouvions aller à la place de jeux*, à la boulangerie pour acheter du pain, au musée ou dans une navette spatiale, tant qu'elle avait la possibilité de faire des bêtises et/ou de courir partout, elle était heureuse. Quoique, je n'avais pas encore essayé l'option "navette spatiale" pour le moment. Trop cher.
-Certains musées ont tendance à se prendre pour des parcs d'attractions, soupirai-je. C'est un atout pour faire venir les visiteurs, bien sûr, mais la dimension commerciale de certaines expositions m'exaspère...
Depuis la numérisation intégrale des grandes collections françaises, en 2018, beaucoup de gens considéraient qu'il ne servait plus à rien de se déplacer pour aller au musée alors qu'on pouvait avoir la même chose sur écran et souvent en 3D chez soi. Bien sûr, par extension, comme toute la culture historique et artistique était potentiellement contenue dans l'ordinateur, il était inutile de le consulter pour s'en assurer. Les musées, qui conservaient tout de même les oeuvres originales, s'étaient lancés dans une série de rénovations pour faire venir le public, depuis les écrans interactifs aux immersions en réalité augmentée dans une scène historique ou un atelier d'artiste. Je n'appréciais qu'à moitié le côté jeu vidéo de ce type de muséographie.** Le Louvre était resté, dans l'ensemble, très traditionnel, ce qui n'était pas plus mal.
-Maman, j'ai fini! claironna May en brandissant sa feuille.
Elle attira le regard courroucé d'une vieille dame qui se promenait dans la galerie sans même regarder les vitrines.
-Ne parle pas trop fort, May, chuchotai-je en m'approchant de son banc.
J'admirai les cinq dessins qu'elle avait faits, parmi lesquels je reconnus plusieurs pyramides à peu près triangulaires, un bateau, beaucoup d'animaux représentés comme de grosses taches de couleur avec des yeux, et deux bonshommes censés être des copies d'un bas-relief de pierre.
-Mais regarde, maman, les bonhommes, ils sont pas dans le bon sens chez les Zégyptiens, m'expliqua la petite fille, alors moi, je les ai remis comme il faut!
Effectivement, sur son dessin, les visages des personnages étaient de face, et non de profil comme les originaux.
-Tu sais, May, les Egyptiens représentaient les hommes comme ça, c'était une convention, pas un mauvais sens...
-Ouais, mais j'ai fini mes dessins, conclut la petite fille. On va voir la salle d'à côté?
Je renonçai à mes explications théoriques. A quatre ans, elle avait le temps pour ce genre de choses.
-Ramasse tes crayons d'abord! lançai-je en soupirant.
Au lieu de se précipiter dans la salle suivante où Eva se trouvait déjà, occupée à déchiffrer les écriteaux sous les objets exposés -elle commençait à apprendre à lire-, May se précipita vers la guide:
-Madame Sylvia, tu as vu mes dessins?


Remarques hors RP:
*alsacianisme pour dire "aire de jeux"
**Je pense que pour 2022, j'exagère un peu. Quoique, je me rappelle une magnifique visite de la grotte de Lascaux que j'ai faite, aux alentours de 2001, via les ordis de la salle informatique de mon école primaire...
On va jusqu'où dans ce RP?
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Re: Où Karen et ses filles croisent Sylvia au musée.

Message par Sylvia Leloup le Dim 22 Juin - 23:26

- C'est vrai, je suis sûre qu'Eva, mon aînée, préférerait voir un gros tas d'os de dinosaures... Quoique, elle adore tout ce qui est ancien et un peu bizarre, alors les histoires de pharaons lui conviennent aussi.

Ancien et bizarre, oui, elle a de quoi s’occuper au Louvre!  Mon interlocutrice pousse un soupir en poursuivant:

- Certains musées ont tendance à se prendre pour des parcs d’attractions.  C'est un atout pour faire venir les visiteurs, bien sûr, mais la dimension commerciale de certaines expositions m'exaspère…

Bien évidemment je suis du même avis qu’elle, car plus l’informatique prend de place dans les musées, plus je me sens inutile!  Je me rappelle une visite de classe que j’avais faite en humanités, il y avait tellement sur les ordinateurs que les seuls moment où on appelait les guides c’était pour demander pourquoi tel ou tel bouton ne fonctionnait pas.  Pourtant je ne peux pas nier qu’il y ait aussi des avantages comme un nouvel intérêt de la part de certaines personnes pour les musées (la nouveauté et a fortiori la nouveauté informatique ça attire!) et mon opinion sur ces nouvelles méthodes est donc mitigée.

Je veux répondre mais la cadette des deux filles s’exclame soudain:

- Maman, j'ai fini!

Au même moment mon talkie-walkie crachote, signe que quelqu’un essaye de me contacter.  Je soupire, la qualité de cet appareil laisse vraiment à désirer.  Il y a trois mois nos anciens talkies ont été remplacés par de nouveaux modèles.  Plus efficaces il paraît.  Mouais, de moins bonne qualité surtout, pour le coup on s’est fait arnaquer.  D’ailleurs il est question depuis quelques temps de récupérer les anciens talkies.  Je décroche et une voix hurle à travers l’appareil, heureusement que le volume du mien est toujours bas.

- Sylviaaaa?  Tu peux me remplacer pour un groupe dans une heure?  Faut que j’anime un anniversaire d’enfants.

Je lève les yeux au ciel, rendant le plafond témoins de mon exaspération en entendant la voix.  C’est Vanessa, la guide la plus récente après moi.  Elle n’a qu’un mois d’ancienneté en plus mais s’imagine que ça lui donne le droit de me mener à la baguette.  S’il y a une chose qui m’horripile plus que son égocentrisme c’est son manque absolu de tact et de patience.  Mon petit doigt me dit que je sais pourquoi elle veut que je la remplace.  La suite de la discussion d’ailleurs ne tarde pas à le prouver.

- Dans une heure je serai en pleine visite guidée, je démarre dans vingt minutes.

- Si tu veux je te remplace, tant que ça m’évite de trimballer des gosses dans le musée pendant cinq heures.

Je me retiens de soupirer de consternation, je n’ose imaginer la réaction des visiteurs s’ils entendaient ces paroles dans la bouche d’une guide (bien que par moment certains visiteurs semblent encore moins tolérants qu’elle).  Je n’ai pas envie d’avoir l’air de me plier à ses exigences mais en même temps j’imagine facilement la déception de l’enfant qui organise son anniversaire face à une guide aussi antipathique.  J’ai bien envie de l’enguirlander mais je me retiens: ça ne fait pas très professionnel.  Du coup je me contente d’un soupir silencieux avant de répondre calmement.

- C’est bon, je le ferai.  Seulement mets-toi bien dans la tête que si je le fais ce n’est pas pour toi mais pour l’enfant qui va fêter son anniversaire.  Je veux lui épargner tes soupirs le jour de sa fête.

À peine ai-je répondu que je peux presque entendre l’air de triomphe et le faux sourire qui se peignent sur son visage.

- Merci Sylvia, je te le revaudrai!

La meilleure manière de me le revaloir serait de quitter ce boulot qui ne te plait de toute façon pas et d’arrêter de pourrir la vie à tout le monde.

Cette phrase n’étant ni très chevaleresque ni très polie ni même utile (quoique ça aurait peut-être fait du bien) je me contente de la penser.  De toute façon Vanessa n’est pas séide et ne le sera jamais.  Je raccroche mon talkie walkie à ma ceinture quand une petite main me tire par la manche alors qu’une voix lance:

- Madame Sylvia, tu as vu mes dessins?

Je souris en entendant le « madame » (chose à laquelle je ne suis toujours pas habituée) et observe ces dessins.  Quelques bonhommes portant ce qui ressemble à un pagne posent devant un triangle approximatif (probablement une pyramide).  Sur un autre j’aperçois une forme allongée sur une étendue bleue.  Un bateau probablement.  Quelques formes roses et grises se baladent autour et j’imagine qu’il s’agit de flamants roses et d'hippopotames.  Je lui souris en répondant:

- Ils sont très réussis.  Qui sait, peut-être qu’un jour tes dessins seront accrochés dans un musée!  Bon, pas le Louvre bien sûr.

Elle me regarde d’un air dépité et demande:

- Pourquoi pas?

Là je comprends qu’elle a mal interprété ce que j’ai dit et l’a pris comme une critique.  Bon, accessoirement des dessins de jeune enfant ne seront probablement jamais exposés dans un musée mais ce n’est pas ce que je voulais dire.

- Dans le Louvre on n’expose pas d’art moderne.  Ca ne va que jusqu’au XIXe siècle.

Rassurée quant à une éventuelle critique, elle tient quand même à éclaircir un point.

- C’est quand le dix-neuvième siècle?

Je calcule rapidement.  Les oeuvres les plus récentes ici en matière de peinture datant d’approximativement 1850…

- Il y a presque 200 ans.

Elle fronce légèrement les sourcils pour se représenter ce laps de temps.

- 200 ans c’est beaucoup.  C’est au temps de quoi?

J’essaye de trouver quelque chose qu’elle puisse connaitre.  L’ennui c’est qu’il est moins typé que le Moyen-Âge ou l’Antiquité, en tout cas pour de jeunes enfants.

- C’est le temps de Napoléon entre autres et aussi des cow-boys.

Satisfaite elle hoche la tête.  J’aperçois sa soeur dans la salle voisine et sa mère à quelques pas de moi.  

- Tu devrais peut-être aller les retrouver, non?

dis-je en les pointant.

HRP: No idea.  Deux scénarios: soit on s’arrête là, vous continuez votre visite et je pars de mon côté, soit je vous fais une mini-visite guidée avant de partir rejoindre le groupe que je dois animer.
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Sylvia Leloup
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Re: Où Karen et ses filles croisent Sylvia au musée.

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